lundi 21 avril 2014

Liebe Gemäldegalerie

Comme la Gemälde a été élue à l'unanimité (par G. et moi) meilleur musée de Berlin, nous y emmenons E. et V. Nous reprenons la visite où nous l'avions laissée, au XVIIème siècle. Les toiles s'alignent, et le titre fraîchement acquis est décidément mérité.

Jan Vermeer van Delft, Le Verre de vin, 1661-62

Jean Antoine Watteau, La Danse, 1719

Canaletto, 1758-63,
Le Grand Canal en regardant au sud-est vers le pont Rialto

Le Caravage, L'Amour triomphant, 1601

La collection est si longue que nous la laissons une nouvelle fois inachevée. Une troisième visite s'annonce !
En sortant, l'habitude est prise : la halte au Dunkin' Donuts s'impose. C'était l'histoire de quatre gourmandes et de six donuts...

dimanche 20 avril 2014

Karfreitag & Ostersonntag

Pour la Semaine Sainte j'entre enfin dans l'église Saint Boniface, la plus proche de chez moi.


Je choisis le Chemin de croix "des enfants", car l'heure m'arrangeait davantage. La moitié des stations a disparu et les textes des Évangiles ont été coupés et réécrits. Une quarantaine d'enfants s'agite dans le petit cortège, de station en station. L'ensemble manque un peu de recueillement à mon goût.

La messe de Pâques est annoncée avec chœur et orchestre, je me réjouis par avance d'une chaleureuse célébration. Mais les Germains ne sont décidément pas des expansifs. Pas de feuilles de chants, quelques livres de psaumes en nombre insuffisant : difficile de chanter l'office, a fortiori pour une étrangère. J'ai beau connaître le déroulé à peu près par cœur, l'écho rend la compréhension difficile. Paradoxalement, seul le sermon (6mn45; recommandation de Vatican II : 7mn) échappe à l'indistinction. A la Consécration, toute l'assemblée sans aucune exception est à genoux. En France c'est plutôt une marque de conservatisme, mais pour cette fois je m'y plie. Le circuit de communion est différent. En France, en Italie, la file avance perpendiculairement à l'hôtel, chacun tour à tour est face au prêtre, qui reste immobile. Ici, on se place parallèlement pour former une rangée de communiants. Le prêtre fait des aller-retour. Quand une ligne a fini, la seconde, qui s'était mise en place juste derrière, avance d'un pas, et ainsi de suite. Étonnée, je reçois "Der Leib Christi" en dernier, ayant mis un moment à comprendre l'organisation !

samedi 19 avril 2014

F'shain, un p'tit tour

E. et V. en visite ont demandé à voir East Side Gallery. Je l'ai déjà vu trois fois et n'éprouve qu'une admiration limitée, mais c'est aussi l'occasion de leur montrer un peu Friedrichshain. Situé à l'est, ce quartier m'est très sympathique depuis que j'y ai logé une semaine en juillet dernier. En traversant Oberbaumbrücke, on aperçoit Molecule Man. Cette sculpture posée sur la Spree rassemblent trois silhouettes criblées de trous ronds, qui symbolisent la réunion des trois quartiers de Berlin.


Nous longeons East Side Gallery. Un fragment du Mur relativement long est encore debout à cet endroit. En 2009, pour les vingt ans de sa chute, le gouvernement allemand a invité des artistes à le peindre. Un des graffitis les plus connus est celui-ci :


Nous arrivons à un endroit que j'adore, le Yaam, que vous connaissez déjà. Sa "plage" au bord de la Spree m'attire toujours autant, mais le soleil est si discret que la visite continue sans regret.


En revenant vers Warschauerstrasse, Oberbaumbrücke s'offre sous un autre angle, coiffé du métro (ligne U1, si vous êtes curieux).


La Revalerstrasse est un de ces lieux protéiformes dont Berlin a le secret. On y trouve pêle-mêle marché aux puces, mur d'escalade, cafés, bars, boîtes, Biergarten et lieux d'expositions. La saison n'a pas encore commencé, on ne croise quasiment personne alors que ce n'est normalement pas l'animation qui y manque.


La promenade s'achève dans un restaurant sri-lankais. Les demoiselles ont l'air satisfaites, et je décide que C. le préféré aura droit peu ou prou à la même visite le week-end prochain.

vendredi 18 avril 2014

Valère

Le Theaterdiscounter est un minuscule théâtre berlinois, à la limite du confidentiel. Ma maître de stage a eu vent d'une première, et nous entraîne. G. est là bien sûr, toujours partante pour un théâtre, ainsi que V. et E., en visite. Heureux hasard, la bande B/L est presque au complet pour LE voir. Ce soir, Valère Novarina en personne est dans la salle pour assister à sa dernière création. Depuis l'hypokhâgne et cette pièce à l'Odéon en hongrois surtitré allemand, ce dramaturge français exerce sur nous un attrait tout particulier.

L'acteur Leopold van Verschuer a traduit en allemand Homo Automaticus - "Le monologue d'Adramelech". Seul en scène, le crâne à moitié rasé et peint en rouge, son interprétation est magistrale. Le sens du texte m'échappe totalement, à l'exception de quelques mots épars. Novarina travaille des structures complexes, avec des répétitions, des juxtapositions, des jeux de mots plus ou moins farfelus : la version allemande me dépasse. Pour autant, et malgré la longueur du texte, on adhère au personnage, saisissant.


L'enjeu véritable de la soirée a lieu après les applaudissements. Groupies un peu intimidées mais pleines d'espoir, notre but est une photo avec le grand homme. Mais nous ne sommes pas seules à briguer son attention, bien que l'assistance soit réduite et qu'il ne comprenne pas vraiment l'allemand. Nous nous dandinons en silence, coulant des regards dans sa direction, avec pour maigre stratégie de nous rapprocher "subrepticement". C'est finalement ma maître de stage, confondante d'un délicieux naturel, qui l'aborde pour nous. L'heure de gloire est arrivée : quelques mots échangés. Lui aussi a été élève d'hypokhâgne et de khâgne à Janson de Sailly, "un peu la tête ailleurs". Sa première émotion dramatique a été, à cinq ans, de voir sa mère vêtue de noir interpréter une veuve. L'Opérette imaginaire montée à l'Odéon en 2011 a frôlé l'échec, car les comédiens hongrois l'assaillaient continûment de questions. Il a beaucoup apprécié le spectacle, admirant le travail solitaire de l'acteur. Il a retrouvé la cadence et le ton de son oeuvre dans cette traduction, marque de sa qualité au delà de la compréhension de la langue. Il a salué également ce qui d'après lui manque trop souvent aux acteurs français, un exercice physique du corps et de la voix.

La photo est accordée, le trophée est décroché ! G. a la dernière formule : "nous sommes redevenues un bref instant de petites hypokhâgneuses ébouriffée par tant de fantaisie". 

jeudi 17 avril 2014

Teufelberg & alentours

L'observatoire américain abandonné se tient sur une colline, Teufelberg, littéralement "montagne du diable". Les bombardements de la Seconde Guerre ont laissé Berlin en ruine. Dans l'urgence de la reconstruction, les gravas ont été bonnement empilés à la sortie de la ville...une montagne de débris. Boisée, la colline est une agréable promenade pour ceux que la pente ne rebute pas. De son sommet, nous apercevons une autre colline dégagée, au sommet plat comme si elle avait été tronquée. Pour le début de la saison du bronzage, la couverture feuillue n'a pas la préférence.


En bas de la première pente, il faut monter la seconde, encore plus raide. Nous n'avons pas déjeuné et l'après-midi avance, certains jeunes messieurs crient le vide de leur estomac. Dédaignant le vent encore frisquet, nous nous étendons au soleil. Le lieu est un départ de parapentes, dont les voiles colorées animent l'unité du bleu et du vert. Cerf-volants et avions télécommandés se partagent l'air et l'attention des enfants. Une clameur retentit, portée par le vent : dans le stade en contrebas, un match vient de commencer.




mercredi 16 avril 2014

Jour de cours

Les camarades inscrits en France bachotent l'examen de fin de semestre, mais les cours n'ont repris qu'hier. Contrairement à ce que j'ai tant vanté, la faculté d'économie n'est pas logée dans le bâtiment central d'Unter den Linden, mais à Hackescher Markt. La différence pour moi n'est pas mince : je me pers systématique lors du trajet à vélo. (G., regonfle ton pneu, qu'on rentre ensemble !) (...que je rentre avec toi !)


Les salles de cours sont fraîchement refaites et parfaitement équipées, un savoureux plaisir après le délabrement avancé de certaines salles à la Sorbonne. Les cours sont en anglais, certains ont l'air facile, d'autres moins, certains ont l'air intéressant (d'autres moins). Une des profs traîne un fâcheux accent français - quoiqu'un conciliabule fort argumenté avec G. ait conclu à sa nationalité allemande.

Mais ce sont les pauses qui semblent les plus prometteuses : la Spree se languit cinquante mètres derrière les salles de cours, aux pieds d'épaisses pelouses.


mardi 15 avril 2014

Stillgelegter Ort, Part III

L'attrait d'une petite aventure a emporté l'adhésion collective : en route pour un nouveau lieu abandonné de Berlin.

Le centre d'observation installé par les Etats-Unis pendant la guerre froide se tient en dehors du centre, sur une colline (je suis tentée de dire : une montagne, car la montée est raide). Nous espérons entrer semi-légalement comme à notre habitude, mitrailler chaque tag, jouer à se perdre et à se retrouver, et finir en beauté avec un Club Maté sur le toit. La sortie "lieu abandonné" a désormais ces codes, et y déroger nous chagrine par principe. Cette fois, nous n'avons pas le choix. Bien que totalement désaffectés, terrain et bâtiments ont été rachetés par un particulier, qui fait payer l'entrée. La visite guidée est obligatoire. Au vu de la raideur et de la longueur de la montée, il est malgré tout impossible d'être arrivé ici sans faire un tour... On rejoint le groupe. Plus que le guide, ce sont les panneaux peinturlurés et les antiques gardiens qui nous accueillent :


Le bâtiment central est passablement surréaliste, avec ses meringues ventrues. Le contraste avec les cubes industriels et le bleu de l'arrière-plan assure un résultat très graphique.


A chaque étage, notre œil maintenant bien entraîné repère les meilleurs tags, même s'ils se cachent dans les coins.





Le toit ressemble à un décor de film de sciences-fiction. Pour être fascinantes vues d'en bas, ces excroissances sont d'une simplicité déconcertante. Nous débattons de leur utilité première, sans trouver de consensus. La tour et la plus haute boule sont inaccessibles ce jour-là, car, il s'y donne...une séance de méditation. La psychologie teutonne ne m'est pas encore totalement familière.





La promenade s'achève dans les sous-sols. Ils n'ont guère d'intérêt, sauf à préciser que c'est là que ronronnait la batterie d'ordinateurs qui était en service ici, épiant la ville et ses environs.