lundi 14 avril 2014

Gretchen

Que les silhouettes lapinesques et le rose bonbon ne vous trompent pas, la puérilité n'est pas de mise ici. Quoique situé en face de chez moi, la discrétion du porche me fait, de jour, souvent oublier sa présence.


D. la connaisseuse sonne l'heure du test. Ce samedi soir, nous irons danser au Gretchen. L'éclairage est réussi et de gros canapés recueillent les gambettes fatiguées. Des accoutrements défiant insolemment l'esthétisme se dandinent sur la piste - une attraction en soi, je ricane et les désigne à mon voisin. Mais la musique tambourine, bien plus fort qu'à l'ordinaire, bien trop fort. Je sens les vibrations qui résonnent et tressautent dans ma poitrine. C. le petit malin est muni de boules Quiès, importées tout exprès de France, et semble apprécier le DJ. Bientôt mes oreilles commencent à couler, c'est le signal du départ.

Je ne suis restée qu'une heure, ma tête siffle et bourdonne dans l'air frais. Comme souvenir de soirée j'espérais mieux, et le prix de l'entrée me reste en travers de la gorge. L'adresse a pour elle l'unicité si appréciable de la traversée qui la sépare de mon lit, mais cela ne suffira pas.

dimanche 13 avril 2014

Doux dimanche à Kreuzberg

A l'angle de ma rue, le printemps pointe le bout de ses feuilles. Je flâne dans la tiédeur des taches de lumière. L'allée semble si gaie. Dans ma cour, les enfants se sont réapproprié le bac à sable.




mercredi 9 avril 2014

Judisches Museum

A la fois musée et mémorial, ce bâtiment contemporain est dû à l'architecte Daniel Libeskind. Au rez-de-chaussée, trois couloirs, trois axes résument la situation des juifs en Allemagne du Moyen-Âge à nos jours. L'axe de l'exil mène à un mur. L'axe de l'holocauste mène à une installation commémorative. L'axe de la continuité mène à l'escalier qui permet d'accéder aux collections.


Ces collections elles-mêmes n'ont qu'un intérêt illustratif. Mais le parcours chronologique et ses explications sont assez intéressants, et très pédagogiques. Le but est de montrer l'évolution de la situation des juifs en Allemagne, tant d'un point de vue matériel que de celui de leur insertion sociale ou de leur participation à la vie intellectuelle.

La visite se clôture par un bonus, une belle exposition temporaire de photos en noir et blanc de Fred Stein. De portraits en scènes de rue, le thème en est Im Augenblick, précisément dans la continuité de l'expo vue à Beaubourg !

lundi 7 avril 2014

Hofbräuhaus Berlin - première Erasmus-Party

En sortant de l'Opéra, nous retrouvons N., une jeune Suisse allemande avec qui G. a sympathisé. Il a été convenu qu'on se rende à la soirée Erasmus organisée par le coordinateur de la faculté d'économie. L'adresse est un immense bar à bière dans la veine bavaroise. La déco en bois, les costumes traditionnels des serveurs, les chopes de bière d'un litre sont un peu excessifs, mais l'accordéon assure une ambiance joyeuse et bon enfant.


Il est à peine 22h30 et la soirée tire déjà à sa fin - c'est vraiment de l'Erasmus raisonnable. Nous commandons trois bières et commentons les profils. G. et N. en reconnaissent certains de la précédente réunion, et leurs comptes-rendus sont amusants. Le coordinateur vient papoter à notre table. Il est à peine plus vieux que nous et sympathique comme tout. Le semestre ne se présente pas mal...

dimanche 6 avril 2014

Die Nächte

Habituée du Palais Garnier, j'étais curieuse d'assister à un ballet ici, à Berlin. Le Deutsche Oper donne Les Nuits de Preljocaj, un chorégraphe français. La dernière a eu lieu jeudi dernier, G. et moi de l'avons pas manqué. Les tableaux sur le thème des Mille et unes nuits s'enchaînent, quoique sans progression particulière. Une chaude sensualité confinant à l'érotisme baigne le plateau, un thème récurrent du chorégraphe. Les beaux jeux de lumière et la solide technique des danseurs y sont pour beaucoup. Quelques longueurs, la répétition inutile d'un pas de deux où l’esthétisme s'efface derrière le mime sexuel, un ou deux tableaux parfaitement vides de sens abîment le spectacle. Le corps de ballet en tant que tel n'atteint pas la perfection des détails de l'Opéra de Paris : légère désynchronisation, menu décalage des placements, un œil averti ne s'y trompe pas. Malgré tout, des souvenirs persistants affirment le charme de cette pièce : celui du lascif harem inaugural où des corps féminins dénudés, déployés au sol, se muent lentement dans la pénombre, leurs membres réitérant les douces arabesques du motif arabisant dessiné par la lumière ; celui de ces couples d'homme évoquant un rasage mutuel puissamment érotique ; celui de ces trente-deux bas de jambes alignés, seuls éclairés, qui prouvent que tout ce qui est inférieur au genou (non inclus) suffit à séduire.


samedi 5 avril 2014

Escapade parisienne

Un long week-end s'est étiré à Paris, l'occasion de respirer l'air natal. Je sursaute en entendant mes voisins du métro (bondé) parler français et passe commande en allemand. J'attends que le feu soit vert pour traverser, l'habitude m'en est venue.

On fête l'anniversaire de mon frère, tout content que je sois présente. J'ai pourtant offert des livres en allemand. Mon grand-père tente avec effort quelques mots dans la langue de Goethe. Puis sortie à Montmartre avec un ami d'enfance. Papa me demande à quelle heure je compte rentrer. Surprise et désemparée, je ne peux répondre autre chose, par réflexe, que le "Heu...pas avant minuit" habituel.

Le cher C. m'emmène voir l'exposition de photos d'Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou. Il ne me lâche pas une seconde, au sens propre, avec une préférence pour la taille. Les toits de Paris, vus d'en haut, s'apparentent à une vieille voisine qu'on aime bien et qui rentre de longues vacances.


J'affectionne toujours ce train de nuit qui me ramène à Berlin. Ma maman m'a préparé un pic-nic qui ressemble davantage aux courses alimentaires de la semaine qu'à un repas unique. Je laisse derrière moi une boîte de macarons pour le dîner familial, dont j'aurais de nombreuses et excellentes nouvelles. Un air frais m'accueille, la lumière du matin sur la Spree reflète le Reichstag.


mercredi 26 mars 2014

Conversation

Cela fait déjà quatre fois que je prends un cours du soir, et je m'aperçois que je ne vous ai pas encore raconté. Une fois par semaine, après la journée au bureau, direction le Konversationskurs en allemand - toujours à vélo. Nous sommes une douzaine d'étrangers, dont deux Françaises. Le monde est autour de la table, avec une forte représentation des pays de l'est de l'Europe : Italie, Espagne, Colombie, Russie, Biélorussie, Ukraine, Pologne, Iran, Etats-Unis, Russo-Etats-Unis. Les sujets sont divers, pas forcément pas très profonds, mais l'important est de parler parler parler. J'ai repéré ceux qui avaient le meilleur allemand et ceux qui avaient des idées intéressantes. Je ruse pour être en tandem avec eux, pour apprendre plus de mots ! Certains traînent des accents impossibles, plus difficiles à saisir que les natifs, même s'ils parlent lentement. De blabla en blabla, l'heure et demi passe à toute vitesse. Je ne vois pas les progrès, mais décidément j'aime parler allemand.

PS : oui je connais les formules de politesse :)